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29. Les voix du sanctuaire dans l'Apocalypse de saint Jean

  • Photo du rédacteur: cesar bki
    cesar bki
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture


Ce sont les voix qui parlent depuis le sanctuaire dans l'Apocalypse de saint Jean.



Nous avons suivi, dans la publication précédente, les voix venant du ciel. (publication n° 28) Restaient celles qui proviennent de la même sphère, mais d'un lieu plus précis : le trône, le Temple, l'autel. Le sanctuaire tout entier. Nous les suivons aujourd'hui.


Le test, ici, n'est plus le même. Les voix du ciel portaient des renvois — « de nouveau », « une autre » — et nous vérifiions qu'une voix les précédait. Ces voix-ci n'appellent presque jamais une voix avant elles. La question devient donc : l'appel et sa réponse restent-ils dans le bon ordre ? Et notre agencement conserve-t-il — ou resserre-t-il — ce que l'ordre reçu tenait déjà ?



Une distinction préalable


Le mot « voix » recouvre deux choses, et il faut les séparer.

Il y a les voix qui parlent — qui disent quelque chose. Et il y a les « voix » de la formule d'orage : « des éclairs, des voix et des tonnerres » (IV :5 ; VIII :5 ; XI :19 ; XVI :18). Ces dernières ne sont pas des paroles, en tout cas discernables. Ce sont des fracas, le grondement de la présence de Dieu. Le grec emploie là le même mot, mais au sens de bruit, de coup de tonnerre.

Nous les laissons de côté, en notant seulement qu'elles forment un refrain qui s'intensifie : du trône (IV :5), puis l'encensoir jeté sur la terre (VIII :5), puis le Temple ouvert (XI :19), puis la septième coupe (XVI :18). À chaque grand seuil, l'orage redouble. Mais ce ne sont pas des voix qui parlent. Restent celles qui parlent, à trois adresses.



Les voix du Temple


Ce sont elles qui donnent le résultat le plus net, car elles encadrent.

Trois voix sortent du Temple. Un ange crie : « Lance ta faucille et moissonne » (XIV :15). Une voix forte ordonne : « Allez, répandez les sept coupes de la fureur de Dieu » (XVI :1). Et la voix qui clôt tout : « du Temple, venant du trône… C'en est fait ! » (XVI :17).

Le résultat est clair : le Temple ouvre et ferme les coupes. XVI :1 lance les fléaux, XVI :17 les scelle. La parole part du sanctuaire, et c'est au sanctuaire qu'elle revient pour dire l'achèvement. L'ordre reçu tenait déjà cet encadrement. Nous le conservons, et nous l'éclairons : juste avant le commandement, le Temple s'était empli de fumée, « et personne ne pouvait y pénétrer jusqu'à ce que fussent accomplis les sept fléaux » (XV :8). Le sanctuaire se ferme ; la voix en sort pour commander ; et quand tout est consommé, la voix du sanctuaire le déclare.

Une réserve, que nous disons franchement. Nous avons placé l'ouverture du Temple (XV :5-8) parmi les deux témoins, loin de la voix qui commande les coupes (XVI :1). La voix du Temple agit donc un peu détachée de son décor. Le fil tient — XV :8 annonce les fléaux que XVI :1 déclenche — mais nous le signalons.



Les voix de l'autel


Les âmes des martyrs sous l'autel céleste, vêtues de robes blanches, levant les yeux — Apocalypse VI

Ici, notre ordre ne se contente pas de conserver. Il resserre.

Quatre voix tiennent à l'autel. Sous l'autel, les âmes des martyrs crient : « Jusqu'à quand, Maître saint, t'abstiendras-tu de venger notre sang ? » (VI :10). Des quatre cornes de l'autel d'or, une voix commande de délier les anges de l'Euphrate (IX :13). Un ange quitte l'autel pour la vendange (XIV :18). Et l'autel lui-même répond : « Oui, Seigneur, véridiques et justes sont tes jugements » (XVI :7).

Regardez ce qui se joue entre la première voix et la dernière. Les martyrs demandent justice : « jusqu'à quand ? » (VI :10). L'autel la confirme : « justes sont tes jugements » (XVI :7). Un appel, et sa réponse. Or l'ordre reçu les sépare de dix chapitres — la question au chapitre VI, la réponse au chapitre XVI. Notre ordre les rapproche : nous plaçons les deux dans le récit céleste, et la réponse de l'autel suit de près le cri des martyrs. L'autel répond à l'autel, dans un même mouvement.


Note de reconstruction — XVI :7. Ce rapprochement a un prix, et nous le payons ouvertement. Pour placer la réponse de l'autel (XVI :7) auprès du cri des martyrs, nous la détachons de XVI :5-6, l'ange des eaux, auprès duquel l'ordre reçu la tenait. Dans cet ordre, « justes sont tes jugements » répondait à l'ange qui venait de changer les fleuves en sang. Nous en faisons la réponse au cri des martyrs. Le déplacement se justifie : la voix reste celle de l'autel, et le thème ne change pas — c'est, des deux côtés, la justice du sang vengé. Mais c'est le geste le plus hardi de cette famille, et nous tenons à ce qu'il soit vu comme tel.

Notons enfin la belle paire que l'ordre conserve intacte : l'ange du Temple moissonne le grain (XIV :15), l'ange de l'autel vendange la vigne (XIV :18). Deux lieux du sanctuaire, deux moissons, côte à côte.



Les voix du trône


Le trône parle quatre fois, sans compter ses fracas d'orage. Au troisième sceau, une voix « au milieu des quatre êtres vivants » fixe le prix du blé (VI :6). Du trône vient l'appel : « Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs » (XIX :5). Du trône encore : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes » (XXI :3). Et, partagée avec le Temple : « C'en est fait ! » (XVI :17).

Un écho, d'abord, que nous tenons à relever, mais un écho, et non un miroir. Il faut ici être précis. « C'en est fait » résonne deux fois, et toujours près du trône : à la septième coupe (XVI :17), qui appartient à la vision terrestre, et dans la création nouvelle (XXI :6), qui appartient à la vision céleste. Une occurrence dans chaque récit. On serait tenté d'y voir un élément du miroir des sept événements. (publication n° 21) Ce n'en est pas un. Car les deux ne se tiennent pas au même rang : XVI :17 clôt les coupes, le dernier fléau avant le Jugement ; XXI :6 clôt la création tout entière, après lui. Ce ne sont pas deux faces d'un même événement, mais deux achèvements à deux niveaux. Voilà pourquoi nous parlons d'écho et non de miroir : la même parole, sortie du même trône, posée comme une signature sur deux fins différentes. Le trône scelle la fin des fléaux dans un récit, et la fin de toutes choses dans l'autre. Et XXI :6 le dit en toutes lettres : « Je suis l'alpha et l'oméga, le principe et la fin. »

Vient ensuite le seul point de cette étude dans lequelle notre ordre défait ce que l'ordre reçu tenait serré. Nous ne le cachons pas ; nous l'expliquons.


Note de reconstruction — XIX :5-6. Dans l'ordre reçu, l'appel du trône « Louez notre Dieu, ses serviteurs » (XIX :5) reçoit aussitôt sa réponse : la foule qui répond « Alléluia ! Car il a établi son règne » (XIX :6). Un couplet serré : le trône appelle, la foule répond. Notre ordre sépare ces deux versets. Nous le faisons en conscience, pour deux raisons. D'une part, l'appel du trône (XIX :5) ne reste pas sans réponse : il reçoit celle des anges prosternés — « Amen ! La louange, la gloire… à notre Dieu » (VII :11-12) — qui forme un appel-réponse tout aussi cohérent, et même plus ample, puisque c'est le ciel entier qui répond au trône. D'autre part, l'acclamation de la foule (XIX :6), « il a établi son règne », ouvre admirablement la demeure nouvelle (XXI :3), où le règne s'établit en effet. Nous assumons donc ce choix : le couplet de l'ordre reçu est défait, mais ses deux moitiés trouvent, chacune, une place qui la sert. Que le lecteur en juge. C'est, dans toute notre reconstruction des voix, le seul endroit où nous délions un appel et sa réponse, au lieu de les resserrer.


Écrire, sceller — un mot du trône


Une dernière remarque relie cette étude à la précédente. Nous avions vu que les voix du ciel commandaient d'écrire, et une seule fois de sceller. Le trône, lui aussi, commande d'écrire : « Écris, car ces paroles sont dignes de foi » (XXI :5), dit Celui qui siège sur le trône. La même injonction, du seuil jusqu'à la demeure nouvelle. Le livre se veut écrit, d'un bout à l'autre, par ordre venu du ciel et du trône.



En résumé


Les voix du Temple encadrent les coupes : conservé, et éclairé. Les voix de l'autel forment un arc de justice, du cri des martyrs à la réponse de l'autel : resserré par rapport à l'ordre reçu, au prix d'un déplacement que nous avons assumé. Les voix du trône ouvrent, scellent et refondent, avec ce bel écho du « C'en est fait » — mais elles portent l'unique point où notre ordre délie un couplet, et nous l'avons dit sans détour.

Le bilan rejoint celui des voix du ciel, avec une nuance. Là, nous ne brisions rien. Ici, nous réparons même — l'autel — sauf en un point, le trône, que nous avons préféré annoter plutôt que masquer. Car une reconstruction honnête montre ses coutures. Les nôtres sont à la vue de tous.



À venir


Nous avons éprouvé l'ordre du livre par bien des fils. Il est temps de poser la question de fond : à supposer ces deux ordres, le reçu et le nôtre, lequel demande le moins au lecteur ? Lequel laisse le moins de choses inexpliquées ? Ce sera l'objet de la prochaine publication.

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