28. Les voix célestes de l'Apocalypse de saint Jean
- cesar bki

- il y a 4 jours
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Il y a les voix venant du ciel et les voix dans le ciel.
Nous avons éprouvé l'ordre du livre par bien des fils : la Bête, les signes, les fléaux. Chacun nous a servi à vérifier. Nous en suivons aujourd'hui un nouveau, discret, mais sûr : les voix qui viennent du ciel.
Ces voix traversent tout le livre. Et elles ont, pour notre enquête, une vertu rare : certaines annoncent qu'une autre les a précédées. Quand une voix dit « de nouveau », ou « une autre », elle réclame une voix avant elle. Si l'ordre est juste, cette voix antérieure doit s'y trouver, avant, et non après. Voilà notre test.
Deux familles de voix
Dans l'Apocalypse, le grec en distingue deux, et nous les distinguerons aussi.
Il y a les voix qui viennent du ciel — ἐκ τοῦ οὐρανοῦ. Elles s'adressent à Jean ; elles le guident.
Et il y a les voix qui retentissent dans le ciel — ἐν τῷ οὐρανῷ. Ce sont des clameurs : une foule qui acclame. Deux familles, deux fonctions.
Et nous laissons de côté, pour cette fois, les voix du trône, du Temple et de l'autel. Elles forment un autre dossier.
Les voix venant du ciel
Sept voix viennent du ciel et parlent à Jean. Une huitième les précède toutes, sans venir encore du ciel : la voix-souche, celle qu'on reconnaîtra plus tard.
Au seuil, Jean entend derrière lui « une voix forte, puissante comme une trompette » (I :10). Elle commande : « Écris ce que tu vois… envoie-le aux sept Églises » (I :11). Cette voix n'est pas encore dite « du ciel ». Mais elle reviendra, et c'est par sa trompette qu'on la reconnaîtra. Retenons-la.
Viennent ensuite, dans notre ordre recomposé des versets, les sept voix du ciel :
— « une voix venant du ciel » : « Écris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur » (XIV :13) ;
— Une voix « du haut du ciel », aux deux témoins : « Montez ici ! » (XI :12) ;
— « une autre voix venant du ciel » : « Sortez de chez elle, ô mon peuple » (XVIII :4) ;
— « une voix du ciel » : « scelle les paroles des sept tonnerres, et ne les écris pas » (X :4) ;
— « la voix du ciel que j'avais entendue », de nouveau : « Va, prends le petit livre » (X :8) ;
— « la voix qui m'avait déjà parlé avec le son éclatant de la trompette » : « monte ici » (IV :1) ;
— « une voix du ciel, comme le bruit de grandes eaux », celle des citharistes (XIV :2).
Trois renvois qui verrouillent l'ordre
Trois de ces voix ne se suffisent pas à elles-mêmes. Elles portent un mot qui exige une voix avant elles. Ce sont nos trois verrous — un verrou, ici, étant un point où l'ordre se contrôle lui-même.
Le premier. En XVIII :4, Jean entend « une autre voix venant du ciel ». Une autre : il en fallait donc une première, tout près. Elle y est. Juste avant, l'ange descendu du ciel « cria d'une voix puissante : Elle est tombée, Babylone » (XVIII :2). Nous avons gardé ces versets soudés. L'« autre » a bien son aînée.
Le deuxième. En X :8, « la voix du ciel que j'avais entendue me parla de nouveau ». De nouveau : cette voix avait donc déjà parlé. Elle avait parlé quatre versets plus haut — « une voix du ciel… scelle les paroles des sept tonnerres » (X :4). Nous avons conservé le chapitre dix d'un seul tenant. Le « de nouveau » retombe juste.
Le troisième. En IV :1, c'est « la voix qui m'avait déjà parlé avec le son éclatant de la trompette ». Déjà parlé : c'est la voix-souche, la trompette du seuil (I :10). Elle est à sa place, tout au début. Et notons-le bien : IV :1 ne dit pas « une voix du ciel », mais « la voix de la trompette ». Or aucune des voix qui s'intercalent entre I :10 et IV :1 n'est une trompette. Le lecteur ne peut donc pas se tromper de voix. La trompette est le fil qui relie le seuil à la vision céleste
Ce que l'ordre reçu disait déjà
Ici, l'honnêteté nous oblige à une précision, et nous tenons à la dire sans détour. Ces trois renvois fonctionnent aussi dans l'ordre reçu. Le texte canonique place lui aussi X :4 avant X :8, I :10 avant IV :1, et l'ange avant l'« autre voix » de XVIII :4. Sur ce point, l'ordre transmis est correct, le nôtre aussi.
Nous ne le cachons pas, et nous y voyons même une force. Car cela montre ce que fait notre reconstruction, et ce qu'elle ne déforce pas. Elle déplace de beaucoup ces voix. XIV :13 quitte le chapitre quatorze pour rejoindre le seuil du livre. IV :1 quitte le début pour ouvrir la vision céleste. Et pourtant, après tout ce remaniement, les trois verrous tiennent encore. Un réordonnancement maladroit aurait pu les briser : il aurait laissé un « de nouveau » sans voix antérieure, une « autre voix » sans première. Le nôtre les préserve tous.
Que gagne alors notre ordre, puisqu'il ne répare ici aucune faute ? Il range. Il met chaque voix dans son registre — chacun des trois récits parallèles du livre. Et il rapproche ce que l'ordre reçu tenait dispersé.
Deux exemples. Au seuil, notre ordre fait se suivre deux commandements d'écrire : « Écris ce que tu vois » (I :11), puis « Écris : Heureux les morts » (XIV :13). L'ordre reçu les séparait de treize chapitres. Réunis, ils ouvrent le livre sur une même injonction.
Autre exemple, plus parlant encore : les deux appels à monter. « Monte ici », dit la voix à Jean (IV :1). « Montez ici », dit-elle aux deux témoins (XI :12). Le même appel, deux fois. L'ordre reçu plaçait celui de Jean avant celui des témoins. Notre ordre les distribue dans deux registres : les témoins montent dans le récit terrestre avant que Jean soit invité à monter juste avant le récit céleste. Ce n'est pas une contradiction, c'est un miroir, le même geste vu de deux côtés. Chaque récit a son ascension.
Écrire, sceller, desceller
Suivons un instant ce que ces voix commandent à Jean. Le plus souvent : écrire. La voix-trompette ouvre le livre par là — « Écris ce que tu vois » (I :11). Et la première voix venant du ciel répète l'ordre — « Écris : Heureux les morts » (XIV :13).
Une fois, une seule, une voix du ciel commande l'inverse. Devant les sept tonnerres : « scelle les paroles des sept tonnerres, et ne les écris pas » (X :4). Sceller, ne pas écrire.
Et le livre se referme en défaisant ce sceau. À la fin : « Ne scelle pas les paroles prophétiques de ce livre, car le temps est proche » (XXII :10).
Écrire, sceller, desceller. D'un bord à l'autre, ces voix tiennent le même geste. Le livre s'ouvre sur un ordre d'écrire, se ferme sur un ordre de ne pas sceller ; et au milieu, une seule fois, le sceau tombe — sur les sept tonnerres. Nous y voyons un verrou de plus : non de chronologie, mais de sens.
Les voix dans le ciel
L'autre famille ne s'adresse pas à Jean. Elle retentit dans le ciel, et c'est une foule qui parle. Ces voix ne portent ni « de nouveau » ni « une autre » : elles ne réclament rien avant elles, et ne contraignent donc pas l'ordre. Mais elles en marquent les grands basculements.
Trois fois, une voix s'élève dans le ciel pour proclamer le règne.
Quand le Dragon est jeté à bas : « une grande voix dans le ciel : Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu » (XII :10). Nous l'avons placée parmi les martyrs du récit céleste, car elle chante leur victoire — « ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau » (XII :11).
Quand sonne la septième trompette : « de grandes voix dans le ciel : La royauté du monde a passé à notre Seigneur » (XI :15).
Quand tombe Babylone : « la voix forte d'une foule nombreuse… dans le ciel : Alléluia ! » (XIX :1).
Trois acclamations, un seul objet : le règne établi. Et, fidèles à notre lecture, elles résonnent dans les deux récits — la chute du Dragon et la septième trompette dans le récit céleste, la chute de Babylone dans celui des coupes. Le même règne, proclamé des deux côtés.
En résumé
Les voix venant du ciel forment un fil cohérent dans notre reconstruction. Les trois renvois qui pouvaient la trahir — « une autre », « de nouveau », « la trompette » — tiennent tous : chaque voix annoncée a bien la sienne avant elle.
Nous l'avons dit franchement : sur ce point précis, l'ordre reçu n'était pas brisé. Notre mérite n'est pas de l'avoir "réparé", mais de ne l'avoir pas rompu en déplaçant tout le reste — et d'avoir rangé ces voix par récit, réuni les commandements d'écrire, et fait paraître le miroir des deux ascensions.
Quant aux voix dans le ciel, elles ne fixent pas l'ordre : elles le scandent. Trois fois le règne est proclamé, dans l'un et l'autre récit.
Un fil ne prouve pas tout l'ouvrage. Mais celui-ci confirme une chose à laquelle nous tenons : notre reconstruction ne casse pas ce qui tenait. Elle le déplace sans le briser, et le met en ordre.
À venir
Restent les voix du trône, du Temple et de l'autel — celles qui ne viennent pas du ciel, mais d'un lieu précis du sanctuaire. Elles aussi suivent peut-être une logique. Ce sera, peut-être, l'objet d'un prochain état des lieux.



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