18. Le miroir des cavaliers — Apocalypse de saint Jean.
- César Bki

- 22 juin 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Les quatre cavaliers de l'Apocalypse fascinent depuis près de deux mille ans. Cheval blanc, roux, noir, vert pâle : conquête, guerre, famine, mort — voilà la lecture la plus répandue. Mais cette grille tient-elle vraiment à l'examen du texte ?
Aujourd'hui, nous proposons une lecture différente du troisième et du quatrième cavalier — non pour contredire la tradition, mais pour la remettre face au texte.
Précédemment, nous avons repéré trois Signes en miroir de trois Sceaux. Le premier d'entre eux, la Femme dans le ciel de l'Apocalypse, répond au cavalier blanc.
Il en reste quatre à identifier, quatre événements majeurs de la vision terrestre de l'Apocalypse de saint Jean. Nous abordons aujourd'hui ceux qui correspondront au deux cavaliers qui referment le quatuor. Le premier étant Jésus, le deuxième Satan.
Commençons par le troisième Sceau.

(VI :5) Lorsque l'Agneau ouvrit le troisième sceau, j'entendis le troisième être vivant qui disait : « Viens ! » Et je vis surgir un cheval noir : celui qui le montait tenait une balance à la main.
(VI :6) J'entendis alors comme une voix qui disait au milieu des quatre êtres vivants : « Une mesure de blé pour un denier, un denier pour trois mesures d'orge ; mais ne gâte ni l'huile, ni le vin. »
Que retenons-nous de ces versets ?
Un cavalier noir, une balance à la main, et tout autour un discours sur la mesure du grain et de la préservation de l'huile et du vin.
Une particularité définit cependant ce cavalier, c'est la balance.
Que fait-on avec une balance ? On pèse. On mesure. Elle peut se mettre en équilibre.
Or, la lecture la plus répandue du cavalier noir est cette image qui annonce la famine — la balance du marchand, le grain qui se vend au prix fort. Cette lecture s'appuie surtout sur la voix qui parle de mesures et de deniers. Elle n'est pas absurde. Mais elle réduit trop l'instrument à une scène de marché, alors que la balance, dans la tradition biblique, désigne d'abord l'acte de juger, de peser les actions, de rétablir l'équilibre.
Alors, nous vous proposons de considérer la balance, non pas comme un signe de famine, mais comme l'instrument du rééquilibrage, celui de la justice.
Si notre lecture est juste, le Signe terrestre qui lui fait écho devra être un acte qui pèse, neutralise, contient. Un acte qui rétablit l'équilibre rompu par des événements précédents.
Reprenons la séquence des cavaliers.
Le premier Sceau s'ouvre sur le Christ vainqueur. Le deuxième évoque le Dragon (Satan) qui sera précipité sur la terre, déclenchant guerre et persécution, faisant couler le sang des saints. Un même mot grec — πυρρός — noue le cheval roux au Dragon de l'Apocalypse de saint Jean.
Si la balance est bien l'instrument d'un rééquilibrage, alors nous pouvons penser que le troisième Sceau pose précisément ce geste : peser, contenir, neutraliser ce qui vient d'être lâché. Logiquement, en miroir l'événement terrestre qui suit les deux premiers signes doit répondre à l'agressivité du Dragon.
Dans ce cas, ce qui correspondrait à ce Sceau doit donc être aussi un geste. Pas une description, pas un personnage. Une action qui contient, un arbitrage.
Or, dans la vision terrestre, une telle action existe, et elle concerne bien le Dragon.

(XX :1) Je vis alors descendre du ciel un ange qui tenait à la main la clef de l'abîme et une grande chaîne.
(XX :2) Il saisit le Dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il l'enchaîna pour mille ans.
(XX :3) Il le jeta dans l'abîme, qu'il ferma et scella sur lui, afin qu'il ne séduise plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ; après cela, il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.
Nous avons trois actes en trois versets. L'ange descend, saisit, enchaîne. Il jette dans l'abîme. Il referme et scelle.
Que fait-il, fondamentalement ? Il pèse Satan, et le neutralise. Il rétablit l'équilibre que la précipitation du Dragon avait détruit, en contenant sa nuisance.
La balance et la chaîne agissent sur la même chose, par deux actions différentes. La balance pèse pour rééquilibrer un désavantage ; la chaîne pèse pour contenir. Dans les deux cas, l'instrument fait barrage à ce qui débordait, Satan.
Le détail des mille ans n'est pas anodin. Il indique que ce rééquilibrage dure — une période entière où le Dragon est tenu "physiquement" à distance.
Plus largement, chaque Sceau n'efface pas le précédent : il s'ouvre à l'intérieur, comme une poupée gigogne. Le règne du Christ, ouvert au premier Sceau, contient tout ce qui se déroule ensuite. La précipitation du Dragon, au deuxième, se déroule dans cet espace — c'est là qu'il doit être enchaîné. Et le troisième Sceau ouvre à son tour les mille ans pendant lesquels les martyrs règnent et la moisson mûrit.
Cette lecture permet d'éclairer un détail des versets du troisième Sceau, qu'on passe d'habitude sous silence : la voix qui dit « ne gâte ni l'huile, ni le vin ». Dans la lecture marchande, c'est un ordre destiné au cavalier ou au commerce. Mais si la scène est celle du Dragon enchaîné, alors l'ordre s'adresse à lui. À celui qu'on vient de neutraliser. La symbolique précise de l'huile et du vin reste à creuser ; mais l'idée se tient : pendant qu'il est lié, Satan ne peut plus gâter ce qui doit mûrir. L'injonction de ne pas nuire au vin, produit de la vendange, attribué uniquement à Dieu dans l'Apocalypse, interdit de toucher le raisin, les âmes ? Ce sens peut trouver son chemin.
Le Dragon est lié, le rééquilibrage tient. Mais rien ne s'est effacé : le règne du Christ enveloppe toujours la scène, et la blessure du deuxième Sceau continue de saigner sous le rééquilibrage du troisième. Voyons si le quatrième permet de garder et valider notre hypothèse.
Voici donc le quatrième Sceau.

(VI :7) Lorsque l'Agneau ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième être vivant qui disait : « Viens ! »
(VI :8) Et je vis paraître un cheval vert pâle ; la mort était le nom de celui qui le montait, et l'enfer allait à sa suite. Pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour tuer par l'épée, la famine, la peste et les bêtes sauvages.
Que retenons-nous de ces versets ?
La Mort sur un cheval. L'Enfer à sa suite.
Disons-le tout de suite : l'Enfer n'est pas une entité, c'est un lieu. En grec, le mot employé ici est ᾅδης (Hadès) — le séjour des morts. Un lieu où l'on est, où l'on est jeté. Pas un personnage qui marche derrière le cheval. Un passage de l'Apocalypse distinct de celui-ci permet de le confirmer :
(XX :13) La mer rendit les morts qu’elle contenait, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qu’ils contenaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres.
(XX :14) Puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est là la seconde mort, l’étang de feu.
Le séjour des morts reçoit, lui, les âmes des défunts qui sont dans l'attente du dernier jugement. Le séjour des morts n'est pas la fin. Il est un lieu transitoire, qui sera, lui aussi, précipité. Une symétrie se dessine alors. L'autel devant le trône reçoit les âmes des élus dans l'attente du jugement. Deux lieux jumeaux, parallèles, l'un dans le ciel et l'autre sous la terre ?
Reste donc à identifier qui chevauche ce cheval vert pâle.
Dans la vision terrestre, un candidat se profile. Une figure y exerce précisément ce pouvoir : faire mourir.
(XIII :11) Puis je vis une autre bête monter de la terre. Elle avait deux cornes semblables aux cornes d'un agneau, mais elle parlait comme un Dragon.
(XIII :15) Il lui a même été donné d'animer la statue de la Bête, au point qu'elle parle et fait mettre à mort tous ceux qui ne l'adorent pas.
La Bête de la terre fait mettre à mort. C'est sa fonction propre. Elle n'est pas le Dragon — celui-là, nous l'avons identifié au deuxième Sceau, et il a été enchaîné au troisième. Elle n'est pas non plus la Bête de la mer, qui est le Dragon lui-même sous forme terrestre (voir publication n° 7). Elle est une autre figure, distincte, agent de mort.
Le rapprochement avec le quatrième Sceau s'impose. La Mort sur le cheval vert, c'est la Bête de la terre. Et l'Enfer qui la suit, c'est le flot d'âmes, le butin — le lieu où elle précipite ceux qu'elle a fait mourir.
Le verset le dit lui-même : « pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour tuer par l'épée, la famine, la peste et les bêtes sauvages ». Quatre instruments de mort, mais une seule fonction. La Bête de la terre tue. Le lieu accueille.
Tout cela se déroule à l'intérieur des couches déjà posées. Le règne du Christ ne cesse pas. Le combat contre le Dragon continue. Le rééquilibrage des mille ans n'est pas effacé. Le quatrième Sceau ouvre simplement, à l'intérieur de tout cela, la couche dans laquelle l'agent de mort apparaît et où l'Enfer commence à se remplir.
Le couple Mort + Enfer du quatrième Sceau, c'est donc la Bête de la terre + le lieu où sont précipités ceux qui la suivent, comme ceux marqués du sceau de la Bête. Pas deux entités qui marchent ensemble. Une figure qui agit, et un lieu qui collecte.
Les quatre cavaliers ont maintenant trouvé leur reflet dans la vision terrestre. Nous avons désormais cinq équivalences posées sur les sept du miroir.
Avant d'aller plus loin et de rapprocher les deux dernières — celles des martyrs et de la chute de Babylone —, nous voulons faire une pause et poser ce que ces correspondances livrent déjà.
Notre prochaine publication s'appliquera donc sur la séquence terrestre des quatre événements que nous venons d'identifier. Femme et enfant mâle, Dragon, ange à la chaîne, Bête de la terre. Quatre scènes qui, mises bout à bout dans l'ordre que la poupée gigogne suggère, dessinent la première moitié de la prophétie terrestre — chaque enceinte s'ouvrant à l'intérieur de la précédente.
Nous y joindrons un document de travail. Il rassemblera les versets concernés, dans l'ordre que la lecture par cadre céleste/terrestre nous a fait retrouver — en conservant la numérotation traditionnelle comme à chaque fois.
Une matière à comparer, à manipuler, à retourner. La vision terrestre, montrée pour ce qu'elle est : un récit qui relate les mêmes événements que le ciel, mais à hauteur d'homme.



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