7. La Bête méprise de l'Apocalypse de saint jean.
- César Bki

- 10 juil. 2024
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Avant de nous pencher sur le regroupement des versets qui suggèrent la présence de Jean dans le Temple Céleste, j’aimerais évoquer une situation bien terrestre :
l’arrivée et la description des Bêtes dans l’Apocalypse. Oui, je soutiens que cette vision n'est pas un épisode du tableau céleste. Elle se déroule lorsque Jean est sur la terre ferme. Cette démonstration sera proposée dans un futur post, mais même en laissant de côté les anomalies de cadre, il apparaît clairement que la description des deux Bêtes a, elle aussi, été réagencée.
Qu’est-ce qui me permet de penser ainsi ?
Cette vision intervient dans le chapitre 13, après la description des signes que Jean dit observer dans le ciel. L’un de ces signes est celui de l’arrivée d’un dragon — Satan en personne. Ainsi, dans :
(XII:3) Un autre signe parut dans le ciel : c’était un grand Dragon d’un rouge ardent avec sept têtes et dix cornes, et sept diadèmes sur ses sept têtes.
Ce Dragon, après avoir perdu la guerre contre l’archange Michel et chassé du ciel et en étant précipité sur la terre, semble inaugurer une série d’événements qui mènent à l’apparition des Bêtes.
Que nous dit Jean sur l'apparence de la première Bête ?
(XIII:1) Je vis ensuite monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms blasphématoires.
Et est évident que la description de cette Bête nous rappelle celle du grand Dragon, par le nombre de têtes et de cornes. Même si celui des diadèmes diffère, ils sont de l'apparat donc peuvent évoluer. Cette Bête est d'ailleurs de couleur similaire :
(XVII:3) Et il me transporta en esprit dans un désert. Je vis alors une femme assise sur une Bête écarlate, pleine de noms blasphématoires et qui avait sept têtes et dix cornes.
Les têtes, les cornes et les noms blasphématoires ; N’est-il pas tentant de penser qu’il s’agit du même protagoniste ?
Le dragon étant la forme céleste de Satan et la Bête qui monte de la mer, sa forme terrestre.
Rappelons aussi que cette Bête a été blessée par épée :
(XIII:3) L’une de ses têtes était comme égorgée à mort, mais sa blessure mortelle fut guérie. Et la terre entière, émerveillée, suivait la Bête.
(...)
(XIII:14) Elle trompe les habitants de la terre par des signes qu’il lui a été donné d’accomplir en présence de la bête ; elle dit aux habitants de la terre de dresser une statue à la Bête qui, blessée par l’épée, avait survécu.
Le grand Dragon, lors de la Bataille Céleste, a pu être blessé. Ce n'est bien sûr pas précisé en première intention, mais le rapprochement entre les deux entités est détourné par le biais d'autres versets.
Voici comment la suite du verset n° 1 nous dépeint son apparence :
(XIII:2) La Bête que je vis ressemblait à une panthère, avec des pattes d’ours et une gueule de lion. Le Dragon lui donna sa puissance et son trône et un grand pouvoir.

Et voici comment la première Bête fut interprétée et dissociée du grand Dragon.
Ce qui pose un problème, c’est que la première Bête a été décrite de deux façons différentes, donnant cet amalgame de félin à plusieurs têtes. Ce qui n'est pas le cas de la seconde Bête, celle qui monte de la terre. Seules ses cornes sont mentionnées. Et donc, au cours de l'histoire, son illustration a souvent été celle d'un humanoïde.

D'où la confusion des rôles et les interprétations.

Dans la succession des versets que nous connaissons, la description physique de cette deuxième entité a simplement été déplacée et attribuée à la première.
Or, c'est la Bête qui monte de la terre qui doit être représentée par la chimère féline et ours.
Je rends d'ailleurs hommage à Albrecht Dürer, qui je pense devait, lui aussi, soupçonner des inversions de versets.
Regardez bien son illustration des deux Bêtes, les têtes de la première sont polymorphes, et la deuxième est bien une chimère féline.

Note de reconstruction dans le chapitre 13.
Je repositionne XIII:2 après XIII:11 : placé immédiatement après, le relatif « ὃ εἶδον » renvoie au dernier référent neutre introduit — « ἄλλο θηρίον » — sans rupture de genre ni de nombre, de sorte que la chimère léopard/ours/lion se rattache à la seconde Bête. XIII:5-6 trouvent leur place ailleurs : ils décrivent le Dragon recevant une bouche pour blasphémer pendant quarante-deux mois — durée céleste de son accusation, en parallèle de la protection de la Femme au désert (XII:6, XII:14).
La seconde moitié du verset XIII:2 appelle une précision : « Le Dragon lui donna sa puissance et son trône et un grand pouvoir. » Nous situons cette délégation au seuil de l'enchaînement dans l'abîme. Le Dragon sait son temps compté (XII:12). Avant l'abîme, il investit la Bête de la terre. Elle devient son vicaire pour la durée des mille ans. Le don précède la chaîne ; la montée de la seconde Bête, elle, la suit. Quand elle paraît (XIII:11), le Dragon est déjà enchaîné (XX:1-3). Le verset XIII:2, attaché à sa description, rappelle alors d'où lui vient le pouvoir qu'elle exerce — et XIII:4 le confirme, au passé : « parce qu'il avait donné le pouvoir à la Bête ». La chaîne d'abord, le vicaire ensuite.
Voici, selon mes analyses de contenu, la succession la plus probable des versets présents dans ce chapitre décrivant les deux bêtes :
1) La Bête qui monte de la mer.
(XIII:1) Je vis ensuite monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms blasphématoires.
(XIII:3) L’une de ses têtes était comme égorgée à mort, mais sa blessure mortelle fut guérie. Et la terre entière, émerveillée, suivait la Bête.
(XIII:7) Il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de l’emporter sur eux, et il lui fut donné pouvoir sur toute tribu, peuple, langue et nation.
(XIII:8) Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom ne se trouve pas inscrit depuis la fondation du monde dans le livre de vie de l’Agneau égorgé.
2) La Bête qui monte de la terre.
(XIII:11) Puis je vis une autre bête monter de la terre. Elle avait deux cornes semblables aux cornes d’un agneau, mais elle parlait comme un Dragon.
(XIII:2) La Bête que je vis ressemblait à une panthère, avec des pattes d’ours et une gueule de lion. Le Dragon lui donna sa puissance et son trône et un grand pouvoir.
(XIII:16) À tous les hommes, petits et grands, riches et pauvres, elle fait apposer une marque sur la main droite ou sur le front,
(XIII:17) pour que personne ne puisse acheter ou vendre s’il n’est marqué du nom de la Bête ou du chiffre de son nom.
(XIII:18) C’est ici qu’il faut de la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le chiffre de la Bête ; car c’est le chiffre d’un homme : son chiffre est six cent soixante-six.
(XIII:12) Tout le pouvoir de la première Bête, elle l’exerce en sa présence ; elle amène la terre et ses habitants à adorer la première Bête dont la blessure mortelle avait été guéri.
(XIII:4) Et l’on adora le Dragon, parce qu’il avait donné le pouvoir à la Bête, et l’on adora la Bête, en disant : « Qui est comparable à la Bête, et qui peut combattre contre elle ? »
(XIII:13) Elle opère de grands signes, jusqu’à faire que le feu descende du ciel sur terre aux yeux des hommes.
(XIII:14) Elle trompe les habitants de la terre par des signes qu’il lui a été donné d’accomplir en présence de la bête ; elle dit aux habitants de la terre de dresser une statue à la Bête qui, blessée par l’épée, avait survécu.
(XIII:15) Il lui a même été donné d’animer la statue de la Bête, au point qu’elle parle et fait mettre à mort tous ceux qui ne l’adorent pas.
Notes de lecture
Sur XIII:12. « Tout le pouvoir de la première Bête, elle l'exerce en sa présence. » Comment être en présence d'une Bête descendue dans l'abîme ? Par la statue. XIII:15 le dit : il lui a été donné de l'animer, au point qu'elle parle et qu'elle juge. La statue est la présence substitutive de l'absent. On n'érige pas d'image à celui qui est là. Et XVII:8 confirme : on s'étonne de la Bête « parce qu'elle était, qu'elle n'est plus, et qu'elle reparaîtra ». Le culte de la statue est le culte d'une absence — en attente d'un retour.
Sur XIII:4. Deux adorations, deux référents. « L'on adora le Dragon » : la première Bête, atteinte à travers sa statue. « L'on adora la Bête » : la seconde, le vicaire en exercice. L'acclamation mérite d'être pesée : « Qui est comparable à la Bête, et qui peut combattre contre elle ? » On proclame invincible celui qui vient d'être vaincu et enchaîné (XII:8 ; XX:2).
3) Pour être complet.
Dans le chapitre 13, il reste deux versets qui n'ont pas été repris :
(XIII:9) Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende !
(XIII:10) Qui est pour la captivité ira à la captivité ; qui tuera par l’épée doit être tué par l’épée. Ainsi se fondent la persévérance et la foi des saints.
Ils sont comme deux cheveux dans la soupe. C'est une évidence, ils ne sont pas à leur place.
Ils relèvent du langage de l'Esprit, celui des lettres aux Églises. Nous les replaçons en seuil du livre, juste avant ces lettres, où ce langage a sa place.. Élément ici secondaire, mais supplémentaire en faveur de la manipulation des versets
En résumé
Il apparaît , de manière hautement probable, qu'il y a une corruption de l'ordre des versets concernant la description des Bêtes. Cela contribue à la Bête méprise de l'Apocalypse de saint Jean.
Le Dragon rouge ardent est comme l'incarnation céleste de Satan, ou la symbolisation de celui-ci.
(XII :17) Plein de colère contre la Femme, Le Dragon partit en guerre contre le reste de sa descendance, ceux qui gardent les commandements de Dieu et portent le témoignage de Jésus.
(XII :18) Et il s’établit sur le sable de la mer.
Il est précipité sur terre et s'installe sur le sable de la mer ; il devient la Bête qui monte de la mer et l'incarnation terrestre de Satan.
Le texte offre une confirmation de plus, depuis un autre point du livre. En XI :7, la Bête qui met à mort les deux témoins porte en grec l'article défini : τὸ θηρίον, « la Bête ». Non pas une bête parmi d'autres — la Bête, figure unique et identifiée, là où XIII :1 la fait seulement surgir, sans article (θηρίον), « une bête montant de la mer ».
Reste à savoir laquelle. Or qui descend dans l'abîme ? Le Dragon. Un ange l'y enchaîne et l'y enferme (XX :1-3), avant qu'il en soit relâché (XX:7). La Bête qui en remonte ne peut être que lui, le Dragon ressurgi. Le même lieu les identifie : l'un y descend, l'autre en remonte.
Et ce qu'il accomplit en remontant scelle son identité. Tuer les deux témoins, c'est poursuivre la guerre que le Dragon mène déjà contre le reste de la descendance de la Femme (XII :17). Même adversaire, même cible.
La Bête de la mer, la Bête de l'abîme : un seul Dragon, que le texte nomme tantôt par la profondeur d'où il surgit, tantôt par la prison d'où on le relâche.
La première Bête, qui est donc aussi le Dragon, donne du pouvoir à la seconde, celle qui monte de la terre. Elle fait dresser et adorer la statue de la première Bête, donc du Dragon qui n'est autre que Satan.
Nous retrouvons enfin la dualité Dieu/ Satan, le Christ/ le faux prophète.
L'objection prévisible — et ce qu'elle vaut
On nous opposera (XVI:13) : le texte y nomme côte à côte « le Dragon », « la Bête » et « le Faux prophète » — trois bouches, donc trois êtres, donc le Dragon ne serait pas la première Bête. L'objection est légitime, et nous la regardons en face.
Voici ce que le texte, lui, maintient. La Bête qui tue les deux témoins monte de l'abîme (XI:7) — or l'abîme n'a qu'un seul pensionnaire : le Dragon, qu'un ange y enchaîne (XX:1-3) et qui en est relâché (XX:7). Le même lieu les identifie : l'un y descend, l'autre en remonte. Le grec y ajoute son poids : en XI:7, la Bête porte l'article défini — τὸ θηρίον, la Bête, figure déjà connue — quand XIII:1 la fait seulement surgir, sans article. Et ce qu'elle accomplit en remontant — la guerre aux témoins — poursuit trait pour trait la guerre du Dragon contre la descendance de la Femme (XII:17). Même prison, même guerre, même être.
Quant au chiffre : « c'est le chiffre d'un homme » (XIII:18) — il désigne donc la plus humaine des figures : la Bête de la terre, le faux prophète. Et la marque qu'elle impose est celle du maître (XVI:2) : le vicaire a son chiffre propre, mais fait porter la marque de celui dont il tient le trône (XIII:2, 12). Deux êtres, plusieurs noms : la Bête, qui est le Dragon, qui est le diable ; et le faux prophète, qui est la Bête de la terre.
Reste alors la juxtaposition de (XVI:13). Nous ne la lissons pas : nous la montrons. Un texte dont l'ordre a été corrompu porte des cicatrices — et celle-ci est précisément celle que la thèse prédit : la confusion des figures est le symptôme du réagencement qu'elle diagnostique. La lecture reçue bute dessus depuis des siècles ; remettez les versets à leur place, et la dualité se redresse : Dieu et Satan, le Christ et le faux prophète. Je propose, je n'impose pas.
Ce dérèglement dans l’ordre narratif a largement contribué à la confusion des rôles et à des interprétations souvent erronées. Il devient évident que la chronologie des événements telle qu’elle nous a été transmise n’est pas ou plus la bonne.



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