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19. Le récit terrestre des cavaliers — Apocalypse de saint Jean.

  • Photo du rédacteur: cesar bki
    cesar bki
  • 13 juil. 2025
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours



Nous avons désormais cinq équivalences exposées sur les sept du miroir. Les quatre cavaliers de la vision céleste ont trouvé leur reflet dans la vision terrestre, et le grand Signe annonçant les anges aux coupes a été identifié au septième Sceau (post n° 15). Avant d'aller plus loin, et de rapprocher les deux dernières équivalences — celles des martyrs et de la chute de la grande ville —, nous voulons faire une pause et regarder ce que cette première moitié nous livre.

Une image guide toute notre lecture. Rappelons-la brièvement.

Au commencement de la vision céleste, Jean voit un livre scellé de sept sceaux :


(V :1) Puis je vis à la droite de celui qui est assis sur le trône un livre écrit dedans et dehors, et scellé de sept sceaux.


Quand l'Agneau brise un sceau, une scène se dévoile. Mais ces scènes ne se succèdent pas comme on l'imagine d'abord. Elles ne se remplacent pas. Chaque nouvelle scène s'ouvre à l'intérieur de la précédente, comme une poupée gigogne. La grande contient la moyenne, la moyenne contient la petite, et toutes restent là quand la dernière apparaît. La grande ne s'efface pas. Elle continue d'envelopper, d'être. La précédente étant une enceinte pour la suivante.


Quatre poupées gigognes représentant les cavaliers de l'Apocalypse de saint Jean


Voici, en quatre enceintes, le récit que cette lecture rassemble. Pour chaque enceinte, un court chapeau pose le mécanisme ; puis viennent les versets, dans l'ordre que la lecture par cadre céleste/terrestre suggère, et non plus dans l'ordre traditionnel.



Première enceinte — Apparition du Christ


La grande poupée. Le règne du Christ s'ouvre par la promesse — une Femme paraît, vêtue du soleil, portant en elle l'enfant à venir. La promesse est posée. Sa réalisation se déroulera dans l'enceinte suivante, à l'intérieur du combat avec le Dragon.


(XII :1) Alors un grand signe parut dans le ciel : une Femme vêtue du soleil, la lune sous ses pieds, une couronne de douze étoiles sur la tête ;

(XII :2) elle était enceinte, et elle criait dans les douleurs et les tourments de l'enfantement.



Deuxième enceinte — Le Dragon précipité, la naissance, et la Bête de la mer


La guerre dans le ciel où l'archange Michel et son armée combattent le Dragon et les anges qui me suivent.

La guerre dans le ciel où l'archange Michel et son armée combattent le Dragon et les anges qui le suivent.

Une enceinte s'ouvre à l'intérieur de la première. Le Dragon paraît à son tour dans le ciel, prêt à dévorer l'enfant à venir. La Femme reçoit les ailes du grand aigle ; le Serpent l'attaque, la terre la secourt. C'est alors que le Dragon reçoit une bouche pour blasphémer pendant quarante-deux mois — durée céleste de son accusation. Pendant ce temps, la Femme s'enfuit au désert, où elle est nourrie durant mille deux cent soixante jours — durée terrestre de sa protection. Les deux courent en parallèle, sans s'équivaloir mécaniquement. C'est au désert qu'elle accouche. L'enfant est aussitôt arraché vers le haut — auprès de Dieu et de son trône, hors d'atteinte du Dragon. La promesse posée dans la première enceinte vient de se réaliser. Alors seulement la bataille se mène dans le ciel : Michel et ses anges combattent le Dragon, qui est précipité sur la terre. Il y poursuit la Femme qui a déjà enfanté, puis, plein de colère, part en guerre contre le reste de la descendance. Il finit par s'établir sur le sable de la mer, et remonte sous forme terrestre — la Bête de la mer, qu'on a identifiée comme le Dragon lui-même au post n° 7. L'événement reste contenu dans la victoire du Christ qui n'a pas cessé.



(XII :3) Un autre signe parut dans le ciel : c'était un grand Dragon d'un rouge ardent avec sept têtes et dix cornes, et sept diadèmes sur ses sept têtes.

(XII :4) Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel et les précipitait sur la terre. Ce Dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant lorsqu'elle l'aurait mis au monde.

(XII :14) Mais on donna à la Femme les deux ailes du grand aigle, afin qu'elle volât au désert, vers son lieu où elle est nourrie un temps, deux temps, et la moitié d'un temps, loin de la face du Serpent.

(XII :15) Alors le Serpent fit saillir de sa gueule un fleuve d'eau contre la Femme, afin de la noyer.

(XII :16) Mais la terre vint au secours de la Femme. Elle ouvrit sa bouche et avala le fleuve que le Dragon avait fait jaillir de sa gueule.

(XIII :5) Il lui fut alors donné une bouche qui proférait des discours arrogants et des blasphèmes ; et il lui fut donné pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois.

(XIII :6) Elle ouvrit donc la bouche pour blasphémer contre Dieu, pour blasphémer son Nom, et sa demeure, et ceux qui demeurent dans le ciel.


Précision sur le grec. La version Larousse traduit (XIII :6) par « Elle ouvrit donc la bouche pour blasphémer » — concession au genre féminin de « Bête » en français. En grec, le pronom de (XIII :5) — αὐτῷ — est masculin/neutre, et le verbe de (XIII :6) est à la troisième personne du singulier sans pronom explicite. Le sujet réel est le Dragon (ὁ δράκων, masculin) ou τὸ θηρίον (la Bête, neutre), non un féminin français. C'est cette lecture grecque qui place ces versets dans l'enceinte du Dragon plutôt que dans celle de la Bête de la terre.


(XII :6) Et la femme s’enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, pour y être nourrie durant mille deux cent soixante jours.

(XII :5) Elle enfanta d'un fils, un enfant mâle, celui qui paîtra toutes les nations avec une verge de fer ; et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône.

(XII :7) Et il y eut une guerre dans le ciel : Michel et ses anges combattirent le Dragon. Le Dragon et ses anges combattirent,

(XII :8) mais ils ne l'emportèrent pas, et ils n'eurent plus leur place dans le ciel.

(XII :9) Il fut précipité, le grand Dragon, l'antique Serpent appelé Diable et Satan, qui trompe la terre entière ; il fut précipité sur la terre, et ses anges avec lui.

(XII :12) C'est pourquoi réjouissez-vous, cieux, et vous qui avez en eux votre demeure. Malheur à la terre et à la mer, car le diable est descendu vers vous plein de colère, sachant que son temps est court.

(XII :13) Quand le Dragon vit qu'il était précipité sur la terre, il se mit à la poursuite de la Femme qui avait enfanté un fils, un enfant mâle.

(XII :17) Plein de colère contre la Femme, le Dragon partit en guerre contre le reste de sa descendance, ceux qui gardent les commandements de Dieu et portent le témoignage de Jésus.

(XII :18) Et il s'établit sur le sable de la mer.

(XIII :1) Je vis ensuite monter de la mer une Bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms blasphématoires.

(XIII :3) L'une de ses têtes était comme égorgée à mort, mais sa blessure mortelle fut guérie. Et la terre entière, émerveillée, suivait la Bête.

(XIII :7) Il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de l'emporter sur eux, et il lui fut donné pouvoir sur toute tribu, peuple, langue et nation.

(XIII :8) Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom ne se trouve pas inscrit depuis la fondation du monde dans le livre de vie de l'Agneau égorgé.



Troisième enceinte — L'ange enchaîne le Dragon


Une enceinte s'ouvre à l'intérieur de la deuxième. Le Dragon, jusque-là libre de nuire, est saisi, enchaîné, jeté dans l'abîme. Le rééquilibrage commence et durera mille ans, à l'intérieur du combat qui n'a pas cessé, à l'intérieur du règne qui n'a pas cessé non plus. À la fin de cette période, le Dragon sera relâché — c'est la charnière vers l'enceinte suivante.


(XX :1) Je vis alors descendre du ciel un ange qui tenait à la main la clef de l'abîme et une grande chaîne.

(XX :2) Il se saisit du Dragon, l'antique Serpent, qui est le Diable et Satan, et il l'enchaîna pour mille ans.

(XX :3) Puis il le précipita dans l'abîme, qu'il ferma et scella sur lui, pour l'empêcher de tromper les nations, jusqu'à ce que fussent accomplis les mille ans ; après cela, il doit être relâché pour un peu de temps.

(XX :7) Lorsque seront accomplis les mille ans, Satan sera relâché de sa prison,

(XX :8) et il sortira pour tromper les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre en aussi grand nombre que le sable de la mer.




Quatrième enceinte — La Bête de la terre


C'est l'enceinte la plus serrée. Une autre figure apparaît — distincte du Dragon, distincte de la Bête de la mer. Une entité à part entière, qui n'est pas Satan transformé : peut-être le faux prophète. Décrite comme une chimère panthère/ours/lion, elle impose sa marque sur tous les hommes — sans elle, on ne peut acheter ni vendre — et le chiffre la désigne. Elle exerce le pouvoir de la première Bête, et l'on adore le Dragon et la Bête. Puis viennent les démonstrations : signes, feu descendu du ciel, statue dressée et animée qui parle et fait mettre à mort ceux qui ne l'adorent pas. Sous cette enceinte, le Dragon désormais relâché, le combat, et le règne du Christ continuent.


(XIII :11) Puis je vis une autre Bête monter de la terre. Elle avait deux cornes semblables aux cornes d'un agneau, mais elle parlait comme un Dragon.

(XIII :2) La Bête que je vis ressemblait à une panthère, avec des pattes d'ours et une gueule de lion. Le Dragon lui donna sa puissance et son trône et un grand pouvoir.

(XIII :16) A tous les hommes, petits et grands, riches et pauvres, elle fait apposer une marque sur la main droite ou sur le front,

(XIII :17) pour que personne ne puisse acheter ou vendre s'il n'est marqué du nom de la Bête ou du chiffre de son nom.

(XIII :18) C'est ici qu'il faut de la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le chiffre de la Bête ; car c'est le chiffre d'un homme : son chiffre est six cent soixante-six.

(XIII :12) Tout le pouvoir de la première Bête, elle l'exerce en sa présence ; elle amène la terre et ses habitants à adorer la première Bête dont la blessure mortelle avait été guérie.

(XIII :4) Et l'on adora le Dragon, parce qu'il avait donné le pouvoir à la Bête, et l'on adora la Bête, en disant : « Qui est comparable à la Bête, et qui peut combattre contre elle ? »

(XIII :13) Elle opère de grands signes, jusqu'à faire que le feu descende du ciel sur terre aux yeux des hommes.

(XIII :14) Elle trompe les habitants de la terre par des signes qu'il lui a été donné d'accomplir en présence de la Bête ; elle dit aux habitants de la terre de dresser une statue à la Bête qui, blessée par l'épée, avait survécu.

(XIII :15) Il lui a même été donné d'animer la statue de la Bête, au point qu'elle parle et fait mettre à mort tous ceux qui ne l'adorent pas.





Quatre enceintes, quatre événements. Lus en miroir des quatre premiers Sceaux de la vision céleste, ils dessinent la première moitié de la prophétie terrestre.

Sous chaque enceinte, les précédentes continuent. Le règne du Christ ne cesse pas. Le combat avec le Dragon ne s'efface pas. Le rééquilibrage des mille ans n'est pas annulé. Tout reste, et chaque nouvelle enceinte s'ouvre à l'intérieur de tout cela.


Vous trouverez cette reconstruction également dans le fichier suivant, pour copie autonome :




Une remarque sur les versets non repris ici : trois passages — (XII :10), (XII :11), et le passage des martyrs (XX :4-6) — appartiennent à l'enceinte suivante (5e événement) et seront traités à part. Deux refrains — (XIII :9) et (XIII :10) — appartiennent au début de l'Apocalypse de saint Jean (lettres aux Églises). (XI :7), où "la Bête qui monte de l'abîme" tue les deux témoins, est aussi réservé au début — il suggère le moment précis où Satan, libéré de l'abîme, peut à nouveau agir directement.

Comme pour les reconstructions précédentes, cette proposition n'est pas figée. Il y a une part de subjectivité dans certains choix de positionnement, et le travail peut encore évoluer si des observations pertinentes viennent s'ajouter. Mais la trame, elle, semble tenir.



Pour aller plus loin — sur le sceau et sur la langue


Que fait le sceau, fondamentalement ? Il a deux fonctions, simultanées. Il ferme un document, pour en cacher le contenu jusqu'à ce que quelqu'un d'autorité l'ouvre. Et il authentifie — l'empreinte de l'anneau apposée sur la cire indique qui l'a fermé, et donc qui a le droit de l'ouvrir.

En grec, le mot σφραγίς (sphragís) désigne ces deux choses à la fois : la cire qui ferme, et l'empreinte qui marque. Le sceau cache et signe en même temps.

C'est ce qui éclaire deux usages, apparemment opposés, dans l'Apocalypse. D'un côté, Jean voit un livre scellé de sept sceaux (V :1) — le contenu est caché, et seul l'Agneau peut l'ouvrir, parce que c'est lui qu'authentifient les sceaux. De l'autre, une voix dit à Jean :


(XXII :10) Puis il me dit : « Ne scelle pas les paroles prophétiques de ce livre, car le temps est proche !


Ne pas fermer ce qui doit être annoncé. Dans les deux cas, le verbe est le même : sceller, c'est mettre sous silence.


Un mot enfin sur la langue. L'Apocalypse nous est parvenue en grec. Mais le texte est traversé de sémitismes — tournures qui sonnent comme des calques de l'hébreu ou de l'araméen sous le grec. La logique va dans un seul sens : un homme pensant dans une langue sémitique et écrivant en grec produit ce genre de calques ; un Grec natif n'aurait aucune raison d'en faire. C'est un argument que certains lecteurs ont avancé pour soutenir l'existence d'une version primitive araméenne, aujourd'hui perdue, dont le grec serait la transcription. Nous ne l'affirmons pas. Mais nous le mentionnons, parce que la lecture que nous proposons s'appuie elle aussi sur la cohérence interne du texte plutôt que sur une autorité éditoriale tardive.



A venir


Il reste deux Sceaux à mettre en miroir : les âmes sous l'autel — celles des martyrs — et le grand tremblement qui clôt cette série. Ils feront l'objet de la publication suivante, qui refermera le miroir des sept événements.

Nous proposerons également un nouveau document de travail, qui posera côte à côte les sept événements majeurs de la vision céleste et leurs reflets dans la vision terrestre. Deux prophéties qui disent la même chose par deux chemins — fausses jumelles d'un même schéma.





 
 
 

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