4. Erreur dans l'Apocalypse de saint Jean.
- cesar bki

- 22 avr. 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 oct. 2025

Voici la première des incohérences flagrante retrouvée dans le fil des versets, une erreur dans l'Apocalypse de saint Jean :
(XI:1) On me donna un roseau semblable à une baguette, et l’on me dit : « Lève-Toi, mesure le Temple de Dieu, L’autel, et ceux qui adorent.
(XI:2) Le parvis extérieur du Temple, laisse-le et ne le mesure pas, car il a été livré aux nations qui fouleront la ville sainte pendant quarante-deux mois.
(XI:3) Je donnerai à mes deux témoins de prophétiser, revêtus de sacs, durant mille deux cent soixante jours. »
Ici, pas d'allégories ou de symbolisme, une action est sur le point de se dérouler. (Se concrétisera-t-elle ?)
L'une des tentures d'Angers, visible ci-dessus, illustre précisément ce moment de l'Apocalypse. De manière logique, les concepteurs de la tapisserie ont choisi de représenter Jean en position assise, prêt à s'exécuter à la demande de l'ange.
Mais qu'en est-il réellement dans le texte ?
Quels sont les éléments descriptifs confirmant qu'il est bien dans cette position ?
Il est aisé de retrouver l'action précédant ce verset. Regardons de quoi elle se compose :
(X:8) La voix du ciel que j’avais entendue me parla de nouveau, et dit : « Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient sur la mer et sur la terre. »
(X:9) J’allais vers l’ange, et lui demandai le petit livre. Il me dit : « prends-
le, et dévore-le. Il sera amer à tes entrailles, mais à ta bouche il sera doux
comme le miel. »
(X:10) Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je le dévorais ; dans ma
bouche il était doux comme le miel, mais quand je l’eus mangé, il fut amer à
mes entrailles.
(X:11) Alors on me dit : « Il te faut encore prophétiser sur bien des peuples,
des nations, des langues et des rois. »
Ce passage montre que Jean est en mouvement, engagé dans une séquence dynamique d’événements.
Si vous lisez ceci pour la première fois, il se pourrait que vous soyez surpris de constater que ce sont les quatre versets qui précèdent le premier verset cité. Ils clôturent ainsi le chapitre 10 tandis que nos versets inaugurent le 11e.
Il est difficile d’imaginer Jean, qui vient de vivre une succession d’actions dynamiques, se retrouver soudainement, sans raison, assis ou à genoux. À moins d’imaginer, de façon farfelue, qu’une indigestion soudaine du petit livre l’ait cloué au sol — hypothèse qui, de surcroît, serait certainement mentionnée si elle avait réellement eu lieu.
Pourtant, la célèbre gravure d’Albrecht Dürer datant de 1511, intitulée Saint Jean dévorant le Livre, n'hésite pas à occulter les déplacements de Jean pour le montrer assis, évitant la contradiction avec la suite du texte.

Le Temple de dieu est illustré également en haut à gauche, préparant la future action qui sera demandée à Jean, et qui n'aboutira à aucune divulgation dans la suite des versets du chapitre 11...
Rappelons que pour l'instant jean est sur Terre et que le Temple est dans les Cieux, distance difficilement surmontable pour répondre à la demande qui lui sera faite.
Cette séquence pose donc de nombreuses questions.
Sommes-nous seuls à être perturbés par ces discontinuités ?
S’agit-il d'omission d'événements ou d’une perte de texte ?
La transition entre les chapitres est-elle incomplète ?
Jean réalisera-t-il finalement la prise de mesure ?
Le réflexe serait d’imaginer qu’il manque de la matière à ce passage. Pourtant, nous estimons qu’une telle explication reviendrait inévitablement à justifier d'autres problèmes similaires détectés ailleurs. Nous refusons donc l’idée qu’un ou plusieurs versets aient pu disparaître ou être ajoutés, surtout au vu de l’avertissement solennel (XXII:18-19) qui condamne toute modification du contenu.
Mais nous savons que cela peut être contourner. (Cf. publication n° 3)
Nous penchons plutôt pour l’hypothèse suivante :
La succession originale des versets a été modifiée, entraînant une altération — voire une dénaturation — du sens initial de l’Apocalypse selon saint Jean.
Pour étayer cette hypothèse, il devient pertinent de se demander quels versets pourraient ainsi mieux s'articuler avec (XI:1), pour la reconstitution d'un déroulement d'action plus logique. Autrement dit, il s’agirait de rassembler des passages décrivant Jean alors qu’il est bel et bien dans une position au sol.
Voici quelques groupes de versets où il apparaît dans une posture de soumission :
Dans l'ordre chronologique du texte
(I:17) À sa vue, je tombai comme mort à ses pieds ; mais il mit sa main droite
sur moi et me dit : « Ne sois pas effrayé. Je suis le premier et le dernier,
(I:18) et celui qui vit. J’ai été mort, mais voici que je suis vivant pour les
siècles des siècles, et j’ai les clés de la mort et du séjour des morts.
Ou
(XIX:9) L’ange (il) me dit alors : « Écris : Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau ! » Il ajouta : « Ce sont là paroles véridiques de Dieu »
(XIX:10) Et je tombai à ses pieds pour l’adorer, mais il me dit : « Non,
attention ! Je suis un serviteur comme toi et tes frères, qui ont reçu le
témoignage de Jésus ; adore Dieu ! » Le témoignage de Jésus, c’est en effet
l’esprit prophétique.
Ou
(XXII:8) C’est moi, Jean, qui entendait et voyait cela. Après avoir entendu et
vu, je tombais, pour l’adorer, aux pieds de l’ange qui me l’avait montré.
(XXII:9) Mais il me dit : « Non, attention ! Je suis un serviteur comme toi et
tes frères les prophètes, et comme ceux qui gardent les paroles de ce livre.
Adore Dieu ! »
Dans ces groupes de versets, Jean se retrouve bien au niveau du sol.
Maintenant, pour déterminer laquelle de ces associations est réellement compatible avec (XI:1), il est essentiel d’analyser le contexte : la localisation de Jean, l’identité de l’intervenant et le vocabulaire employé.
Il apparaît primordial de se poser les bonnes questions pour réussir la reconfiguration du texte :
Quel personnage s’adresse à Jean ? Jésus, l’Esprit, un ange, un vieillard ou une voix céleste ?
Quels événements entourent cette vision ? Églises, sceaux, trompettes, coupes, apparition d’anges, signes, tonnerres ou tremblements de terre ?
Où se déroulent ces visions ? Sur terre ou dans les Cieux ?
Le contexte du groupe des deux premiers versets place Jean sur l’île de Patmos au tout début de la narration, en présence d’éléments spécifiques liés à sa mission prophétique. Or le verset (XI:1) se situe dans un cadre dans lequel on mentionne des adorateurs et l’autel du Temple de Dieu, correspondant aux évènements liés à la Cour Céleste donnés à partir du chapitre 4. Ce qui permet donc d’écarter les versets (I:17-18) de la liste des groupes de versets compatibles.
En revanche, (XIX:9-10) et (XXII:8-9) évoquent une situation similaire :
(XIX:9-10), où Jean, en s’adressant à ceux qui l’entourent, se prosterne pour en adorer un, avant de recevoir un avertissement. (Dans la version que nous avons, il est écrit que c'est au pied d'un ange qu'il se plie, choix du traducteur pour coller à l'environnement du verset? D'autres ont conservé le mot original, traduit par "il". Il est fort probable que ce "il" soit un des vieillards de la cour céleste qui s'adresse à Jean.)
(XXII:8-9), qui décrivent Jean tombant aux pieds d’un ange pour l'adorer.
Ces passages, où la posture de Jean est explicitement dynamique et en interaction avec son environnement, semblent s’accorder plus naturellement avec (XI:1-2) que l’idée d’un Jean au départ assis sans en avoir été mentionné.
C'est en s'appuyant sur la localisation spatiale de Jean, qu'il devient possible d'appréhender beaucoup d'incohérences.
Ce qui tend à nous faire penser que le verset (XIX:9-10) possède potentiellement le plus de critères et qu'il est très probablement associé au (XI:1-2). Ce qui nous fait dire que le "il" est un vieillard évoluant au milieu du Temple de Dieu, des adorateurs et de l’autel. (Demandez-vous qui des anges ou des hommes ont reçu le témoignage de Jésus). Dans le tableau céleste, Jean est instruit par un Ancien (figure humaine glorifiée proche du trône).
Le texte grec du (XIX:9–10) n'utilise pas le mot ange : il dit seulement “il dit”. Sans sujet exprimé : le choix de « l’ange » est une inférence éditoriale par analogie avec (XXII:8-9). Le locuteur se présente comme σύνδουλος — compagnon de service — de ceux qui portent le témoignage de Jésus (XIX:10), sans dire qu’il en est un lui-même : la formule n’impose donc pas un ange, ni ne l’exclut ; dans le cadre du Temple, elle convient tout autant à un Vieillard. Dans ma fenêtre céleste (XIX:4-10 ... XI:1-2), l’antécédent naturel de « il » est l'Ancien.
Nous faisons donc l’hypothèse que ce “il” est un des vieillards, ce qui explique pourquoi Jean se prosterne (XIX:10). Immédiatement, une voix lui ordonne : “Lève-toi et mesure le Temple” (XI:1-2). Ainsi, la prostration (respect) et la relève (mission) s’enchaînent sans rupture, et la scène reste strictement céleste — conformément au principe ciel/terre qui gouverne la révélation.
Cela permet de regrouper les versets en fonction du lieu où se déroulent les visions et de mettre un terme au cocktail qui nous a été servi.
Ces interrogations illustrent bien le souci de reconstituer l’ordre narratif authentique de l’Apocalypse de saint Jean, afin de résoudre les erreurs apparentes et clarifier le message transmis par ce texte énigmatique.
Cette analyse nous amène à nous poser les questions essentielles : quelles modifications dans la succession des versets pourraient permettre de rétablir une continuité logique qui respecte la dynamique initiale du texte ?
Dans nos prochaines publications, nous approfondirons les critères permettant de reconfigurer le récit et de rendre ainsi l’Apocalypse plus accessible tout en préservant sa dimension prophétique.
C'est en s'appuyant sur la localisation spatiale de Jean, qu'il devient possible d'appréhender beaucoup d'incohérences.






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