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9. Au plus haut des Cieux — Apocalypse de saint Jean (part 1)

  • Photo du rédacteur: cesar bki
    cesar bki
  • 30 sept. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 juin


Apocalypse de saint Jean. Le trône céleste.

Au plus haut des Cieux


Là où nous en sommes.


Dans la publication précédente, nous avons posé le plan de vol de l'Apocalypse — la cartographie des alternances entre vision céleste et vision terrestre dans le texte tel qu'on le lit aujourd'hui. Nous y avons relevé le contraste philologique : seulement quatre marqueurs grecs explicites de transport spirituel (ἐν πνεύματι), pour une douzaine d'alternances observées. Le texte ne dit pas comment Jean voyage entre les deux cadres. Il les juxtapose, sans transition.

Nous allons maintenant déconstruire l'alternance incohérente, vue dans le post précédent — ce va-et-vient désordonné entre la vision terrestre et la vision céleste.



L'objectif de cette première étape.


L'objectif, ici, est de regrouper tous les versets se rapportant à une même localisation : celle où Jean se retrouve au plus haut des Cieux, dans le Temple Céleste de Dieu.

Ce choix se justifie par la relative facilité avec laquelle ces versets, partageant un champ lexical bien défini, se relient entre eux. Le vocabulaire employé évoque une assemblée royale où se côtoient des protagonistes clairement définis : le trône, l'Agneau, les vingt-quatre vieillards, les quatre êtres vivants, les sceaux, les trompettes. Il est donc assez aisé de retrouver toutes les actions qui s'y déroulent.

Nous appliquons ici le premier critère posé dans notre méthode (post n° 3) — la localisation spatiale de Jean. Et nous utilisons comme outil de classement le champ lexical, qui fournit une signature reconnaissable pour la vision céleste.

Nous touchons, avec ce travail, à l'équivalent d'un tiers de la totalité du texte de l'Apocalypse.



La méthode du puzzle.


La tâche ne consiste pas simplement à coller bout à bout les versets tels qu'ils s'enchaînent dans la version actuelle, mais bien à reconstituer un véritable puzzle dans lequel des passages doivent être déplacés.

Certains versets, par leur vocabulaire et leurs interlocuteurs, appartiennent manifestement à la vision céleste — mais ils se trouvent aujourd'hui insérés dans des passages terrestres. D'autres, à l'inverse, sont placés au sein de la vision céleste mais traitent d'événements terrestres.

Le travail consiste à les remettre à leur place.

Dans le fichier qui suit, nous avons réuni les versets concernés. Nous vous invitons à l'ouvrir pour visualiser plus facilement la suite.




Le schéma général du passage céleste.


Dans cette première phase, il est essentiel de retrouver le schéma général du passage céleste.

De quoi peut-il être composé ?

Jean nous dresse un grand tableau, débutant avec l'ouverture d'un livre serti de sept sceaux. La rupture des six premiers sceaux marque des événements historiques majeurs, des repères, aboutissant à un coup de semonce dès le sixième. Le septième sceau, lui, se révèle comme une cascade de sept tableaux, inaugurée par le souffle puissant d'une trompette annonçant des fléaux. Le tout est entrecoupé par les comportements des différents acteurs présents sur la scène. Par ailleurs, la dernière trompette, marquant un événement final, annonce non seulement la fin de l'humanité dans sa réalité actuelle, mais aussi le Jugement Dernier de Dieu.



Voici comment se décompose la vision céleste de Jean dans notre réorganisation.


Chapitre 4

(1) La charnière céleste : le moment où Jean quitte la Terre pour se retrouver dans le Temple Céleste de Dieu. C'est ici qu'apparaît le marqueur grec ἐν πνεύματι — Jean est « ravi en esprit ».

(2-11) Le début du tableau céleste : l'arrivée de Jean, la présentation des acteurs, et le déroulement de la description de ce que nous avons appelé les « repères historiques ».


Chapitre 5

(1-14) La découverte du Livre et l'arrivée de l'Agneau, continuant naturellement le récit de la scène céleste.


Chapitre 6

(1-12) Ouverture des six premiers sceaux et développement des repères historiques. L'interprétation de ces repères n'est pas le sujet principal à ce stade.

(13-17) Des événements cataclysmiques marquants commencent à émerger :

(VI :13) Les étoiles s'abattirent sur la terre, comme les figues vertes du figuier battu par l'ouragan ; (VI :14) Le ciel se retira comme un livre qu'on roule, toutes les montagnes et toutes les îles furent changées de lieu ; (VI :17) car le grand jour de leur colère est venu, et qui peut tenir contre elle ?

Ces versets, qui arrivent momentanément trop tôt dans la chronologie, semblent correspondre au point culminant des fléaux et devraient être replacés au moment de la septième trompette pour mieux servir la logique narrative de la fin des temps.


Chapitre 7

(9-10) Ces versets paraissent évoquer un événement prématuré, renvoyant à une conclusion « heureuse » après le Dernier Jugement, alors que le septième sceau, marqueur temporel ultime, ne doit pas encore s'être produit.

(11-12) Même observation : ils anticipent une fin qui n'est pas encore advenue.

(13-17) Ces échanges devraient, dans notre reconstitution, succéder logiquement aux versets 9 et 10, faisant partie intégrante de cette portion du tableau céleste.


Chapitre 8

(1-4) Le retour à une chronologie correcte via l'ouverture du septième sceau.

(5) Un événement répétitif dans le récit (tonnerres, cris, éclairs, tremblement de terre), dont l'étude suggère qu'il se place véritablement à la fin des fléaux et qu'il est prématuré dans l'ordre actuel.

(6-13) La chronologie des événements se rétablit : le septième sceau sert de marqueur annonçant les sept fléaux à venir.


Chapitre 9

(1-4) Ouverture du cinquième fléau : l'étoile tombée du ciel ouvre le puits de l'abîme, les sauterelles surgissent, et il leur est recommandé de ne s'en prendre qu'aux hommes non marqués du sceau de Dieu.

(5-6) Les cinq mois de souffrance infligée aux hommes. Dans notre reconstitution, ce passage conclut la section du cinquième fléau plutôt que de l'ouvrir, car il résume la durée et l'effet de ce qui vient d'être décrit.

(7-10) La description des sauterelles : visages d'hommes, cheveux de femmes, dents de lions, cuirasses de fer, queues de scorpions. Ce passage suit logiquement l'identification de leur roi.

(11) Le roi de l'abîme — Abaddon en hébreu, Apollyon en grec — est identifié. Dans notre reconstitution, ce verset est remonté avant la description physique des sauterelles, car il nomme leur chef avant de les décrire.

(12-15) Introduction de la sixième trompette : les quatre anges liés sur l'Euphrate sont déliés pour faire périr le tiers des hommes.


Chapitre 11

(1-2) Jean reçoit l'ordre de mesurer le Temple et l'autel. Dans notre reconstitution, ces versets prennent place dans la vision céleste, après l'échange avec le vieillard (XIX:9-10), dans la séquence qui précède la description de la Jérusalem céleste.

(14-15) Le dernier fléau est évoqué, mais sa description est incomplète — il manque vraisemblablement les éléments déjà mentionnés plus tôt.

(16-18) Prend place à la fin des tribulations terrestres.


Chapitre 12

(10-11) Ces deux versets appartiennent à la vision céleste. Une grande voix retentit dans le ciel pour proclamer le salut, la puissance et le règne de Dieu. Les martyrs ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole de leur témoignage. Dans notre reconstitution, ces versets se placent dans l'enceinte du cinquième Sceau, après VI:11 — ils prolongent la scène des âmes sous l'autel en proclamant leur victoire.


Chapitre 14

(1) Ce verset semble être bien en retard dans la chronologie, alors que le septième fléau clôture les tribulations avant la parousie.

(3-5) Dans le récit, seules les âmes se trouvant sous l'autel peuvent accompagner la vision devant le Trône, une description qui devrait accompagner le cinquième sceau.

(6-7) Ces versets, faisant référence au Jugement de Dieu, doivent se situer à la fin de l'ensemble des fléaux.

(8-10) Ils complètent l'ouverture du septième sceau (VIII :3) en présentant la série d'anges intervenant après ceux qui tiennent les trompettes, en guise d'avertissement préalable aux fléaux.

(12) Ce verset conclut la séquence des avertissements angéliques. « Ici se fonde la persévérance des saints » fait écho au cri des âmes sous l'autel (VI:10) et à l'appel à la patience (VI:11).


Chapitre 15

(7) Fait référence aux sept anges portant les trompettes et devrait se placer avant la section dédiée à la chronologie des trompettes.


Chapitre 16

(7) Se rattache au cinquième Sceau, après XII:11. L'autel lui-même confirme la justice des jugements de Dieu — en écho direct au cri des âmes sous l'autel (VI:10) : « Jusqu'à quand t'abstiendras-tu de juger ? » L'autel répond : « Véridiques et justes sont tes jugements. »

(19) Mentionnant la chute de Babylone, il devrait se positionner au moment du sixième sceau.


Chapitre 18

(20) Forme un moment de réjouissance pour le jugement de Babylone, correspondant également au sixième sceau.


Chapitre 19

(4-8) Ces versets marquent une phase de conclusion après le Jugement, précédant l'arrivée de la Nouvelle Jérusalem.

(9-10) Complètent l'échange avec le vieillard. Notons qu'une mauvaise interprétation de la traduction fait croire que c'est l'ange qui parle, alors que, dans d'autres versions, le sujet est différent (« il » et non l'ange).

(13) Rattaché à la parousie, il se rapporte à la sixième trompette.


Chapitre 21

(3-4) Voix venant du trône : la demeure de Dieu avec les hommes, plus de mort ni de deuil. Ces versets prennent place après le Jugement, dans la section finale du tableau céleste.

(5-8) Constituent la conclusion de la septième trompette — le renouveau annoncé, la seconde mort, l'héritier victorieux.


Chapitre 22

(1-5) Le fleuve de l'eau de la vie jaillissant du trône de Dieu et de l'Agneau, l'arbre de vie aux douze récoltes, l'absence d'anathème, la vision de la face de Dieu, l'absence de nuit, et le règne des serviteurs dans les siècles des siècles. Ces versets prolongent VII:14-17 : là où l'Agneau mène les siens « aux sources des eaux de la vie » (VII:17), le fleuve de l'eau de la vie se déploie (XXII:1). Le thème de l'eau de la vie les rattache, et ils prennent place à la suite de VII:14-17 dans la vision céleste.


Ce qui se dessine.


Une fois ces versets regroupés et réordonnés, un récit cohérent émerge : Jean est introduit dans le Temple Céleste, voit l'Agneau ouvrir successivement les sept sceaux, observe le déroulement des fléaux, assiste au Jugement Dernier, puis voit l'arrivée de la Nouvelle Jérusalem. Sans saut inexpliqué. Sans rupture de localisation. Sans verset qui anticipe une fin qui n'est pas encore venue.

L'étape suivante consistera à réattribuer ces versets dans la chronologie du tableau céleste, afin de construire un texte cohérent et autonome. Le but est d'obtenir une reconstitution qui représente environ un tiers de l'Apocalypse.

Ce travail nous permettra de trancher dans le désordre et de redonner à la Révélation une structure logique, fidèlement alignée avec le message originel.

 
 
 

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