3. Recherche dans l'Apocalypse de saint Jean.
- cesar bki

- 14 mars 2024
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 mai

La question qui s'impose.
Se pourrait-il que le texte de l'Apocalypse de Saint Jean, tel que nous le connaissons, ne soit pas la version originale de l'auteur?
Et si, à une certaine époque, la Révélation avait été corrompue, devenant ce texte embrouillé, comme une construction onirique débridée ?
Une fois le questionnement formulé, y répondre devient une véritable obsession.
Mais par où commencer ?
Le verrou apparent.
Qui oserait remettre en cause, dans cette lointaine histoire, un avertissement tel que celui-ci ?
(XXII:18) Je l’atteste à toute personne qui entend les paroles prophétiques de ce livre : si quelqu’un ajoute à cette prophétie, Dieu fera tomber sur lui les fléaux décrits dans ce livre,
(XXII:19) et si quelqu’un retranche quelqu’une des paroles du livre de cette prophétie, Dieu lui retranchera sa part de l’arbre de vie et de la Ville sainte, qui sont décrits dans ce livre.
Il est donc difficile d’imaginer qu’une telle altération ait pu être réalisée. Qui prendrait ce risque ?
L'avertissement est précis — et c'est ce qui ouvre une faille.
Le verset XXII :18 interdit d'ajouter : en grec, ἐπιτίθημι (epitíthēmi), littéralement poser sur, ajouter par-dessus. Le verset XXII :19 interdit de retrancher : ἀφαιρέω (aphairéō), littéralement prendre loin, soustraire.
Ces deux verbes désignent des opérations très précises : introduire un mot qui n'y était pas, ou supprimer un mot qui y était. Le contenu du texte est verrouillé.
Mais l'avertissement ne dit rien d'une troisième opération possible : déplacer.
Cela ne consiste ni à ajouter ni à retrancher. C'est conserver tous les mots du texte, sans en supprimer un seul, sans en ajouter un seul — mais en modifier l'ordre. La lettre de l'interdiction est respectée. L'esprit, lui, est contourné.
Une manœuvre si subtile que personne n'aurait osé la soupçonner pendant des siècles.
Une manipulation possible, sans transgression apparente.
Devient alors concevable l'hypothèse suivante : certains versets, certaines séquences entières, ont pu être déplacés. Sans suppression, sans ajout. Mais avec un effet considérable sur la lecture.
Nous n'attribuons pas d'emblée d'intention à cette manipulation. Elle pourrait avoir été le fait d'un copiste maladroit, d'un éditeur cherchant à regrouper des thèmes, d'une volonté délibérée de brouiller, ou simplement d'une transmission accidentelle des fragments d'origine. Le mécanisme exact importe peu à ce stade — ce qui importe, c'est de constater que le texte présent porte les traces d'un tel réordonnancement.
Cette manœuvre contribuerait alors aux sauts, aux pauses et aux ruptures que l'on constate dans la continuité des descriptions, donnant à l'Apocalypse cet aspect déconcertant et décourageant pour la très grande majorité.
Face à cet état, il est légitime de poser la question :
L’ordre des versets a-t-il pu vraisemblablement être modifié ?
Et si cette hypothèse se révélait exacte, ne serait-il pas envisageable de retrouver la véritable place des éléments déplacés ?
Pourrait-on redonner au texte actuel sa forme authentique, en réappliquant une organisation logique et harmonieuse ?
Une méthode, quatre critères.
Pour ne pas tomber dans la spéculation, nous avons posé une méthode. Quatre critères guident notre travail de relecture :
La localisation spatiale de Jean. Où est-il ? Sur la terre, dans le ciel, à Patmos, devant un trône ? Quand Jean change brusquement de lieu sans transition, cela indique souvent une discontinuité.
Le choix du vocabulaire. Les mots utilisés pour désigner les mêmes entités, les mêmes lieux, les mêmes événements, doivent rester cohérents d'une scène à l'autre. Un changement brutal de vocabulaire signale habituellement un changement de scène.
L'usage des temps de conjugaison. Le passé, le présent, le futur ne sont pas équivalents. Quand le texte glisse soudainement d'un temps à un autre sans transition, il faut s'interroger.
L'identification des interlocuteurs. À qui Jean parle-t-il ? À un ange, à une voix, au Christ ? Suivre les interlocuteurs permet de regrouper les versets qui appartiennent à une même scène.
Ces quatre critères, croisés entre eux, dessinent une grille de lecture qui révèle progressivement quels versets vont ensemble et quels versets ont été déplacés.
Et pourtant, le texte lui-même refuse l'obscurité.
Rappelons un autre passage, déjà cité :
(XXII :10) Puis il me dit : « Ne scelle pas les paroles prophétiques de ce livre, car le temps est proche ! »
Le contraste est frappant. Le même chapitre 22 interdit à la fois d'ajouter ou retrancher (versets 18-19) et de sceller (verset 10). Le texte doit rester intégral et accessible.
Or, dans l'état actuel, il est intégral mais opaque. Quelque chose, entre ces deux exigences, a été contourné pour que le dévoilement n'en soit plus un.
À venir
Dans notre prochaine publication, nous soulignerons une incohérence discrète qui illustre concrètement l'état dans lequel le texte se trouve. Un cas où l'on peut, presque à l'œil nu, repérer un déplacement.
C'est ainsi que la reconstruction commence : pas par une grande théorie, mais par une observation, puis une autre, puis une autre.



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