5. Nouvelle vision sur l'Apocalypse de saint Jean.
- cesar bki

- 31 mai 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mai

La lecture du livre de l'Apocalypse de saint Jean nous fait voyager au travers de divers tableaux. Jean se retrouve sous la forme d'un esprit et reçoit, de manière visuelle et auditive, des informations concernant le présent et le futur de l'humanité.
Mais pourquoi choisir de nous livrer ces révélations sous une forme si complexe et indigeste ? Ce fameux rendu fantasmagorique.
Comment peut-on espérer y voir plus clair ?
Nous sommes convaincus que pour y parvenir, une remise en question de la forme du texte est indispensable.
Une fois admise la possibilité d'une certaine corruption de l'ordre de la Révélation, un regard neuf peut prendre place et donner naissance à une tout autre compréhension du schéma de la prophétie. Quel est ce mécanisme à mettre au jour ?
La localisation de Jean comme critère premier.
La première démarche consiste à s'interroger sur la localisation réelle de Jean dans chacune de ces descriptions. Où se trouve-t-il, en tant qu'observateur et acteur, lorsqu'il consigne ces visions ?
Contrairement aux recommandations de notre bible encyclopédique qui privilégie une lecture allégorique, nous adopterons ici une approche qui considère la Révélation comme une prose descriptive, et nous nous attarderons sur la logique de l'enchaînement des versets.
Nous avons déjà évoqué les ruptures constatées dans les descriptions, ainsi que l'importance du contexte environnemental de Jean. La première étant la conséquence de l'autre. Ce qui va nous pousser à nous intéresser en tout premier lieu à la dynamique des déplacements de Jean.
Une indication grecque importante.
Avant de suivre Jean dans ses déplacements, une précision sur le texte original. À chaque transport spirituel, Jean utilise la même expression : ἐν πνεύματι (en pneumati), littéralement « en esprit ». Cette expression apparaît exactement quatre fois dans l'Apocalypse — en I:10, IV:2, XVII:3, et XXI:10. Quatre marqueurs explicites de déplacement spirituel.
Or, ces quatre marqueurs ne couvrent pas tous les changements de localisation qu'on observe dans le texte actuel. Entre ces quatre balises, Jean semble passer du ciel à la terre, de la terre à la mer, du désert au Temple, sans qu'aucune transition ne soit indiquée. Le grec lui-même invite à se poser la question : où Jean était-il vraiment, à chaque instant ?
Dans les grandes lignes, voici les incohérences de déplacement les plus évidentes entre les différents tableaux.
Au commencement : l'esprit itinérant sur Patmos
Jean se présente d'abord sous la forme d'un esprit, permettant ainsi de voyager entre la terre et les cieux, à travers différentes époques.
(I :9) Moi, Jean, votre frère, qui ai part avec vous à la tribulation, au royaume et à la persévérance en Jésus, j'étais dans l'île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.
(I :10) Je fus ravi en esprit le jour du Seigneur et j'entendis derrière moi une voix forte, puissante comme une trompette.
C'est notre premier marqueur ἐν πνεύματι. Jean est sur Patmos, sur la Terre, une situation qui inaugure son parcours initiatique, avant d'être invité à monter dans les Cieux pour son premier déplacement :
(IV :1) Après cela, je vis une porte ouverte dans le ciel, et la voix qui m'avait déjà parlé avec le son éclatant de la trompette, me dit : « monte ici, et je te découvrirai ce qui doit survenir. »
(IV :2) Je fus aussitôt enlevé en esprit, et voici : un trône était dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis.
Deuxième marqueur ἐν πνεύματι. Jean est désormais dans les Cieux.
Le premier envol vers le Céleste
Un déplacement décisif intervient. Jean arrive au milieu d'une Cour Céleste, probablement dans le Temple Céleste de Dieu, où une série de visions d'êtres divins et de sceaux se déploie clairement.
Sa localisation est très claire : il est dans les Cieux, il a quitté la sphère terrestre. Cette position est tenue jusqu'à l'évocation de la sixième trompette.
L'intermède terrestre inattendu
Contre toute attente, alors que rien n'indique qu'il ait quitté les cieux et descendu sur Terre, un événement purement terrestre vient perturber la continuité.
Jean voit descendre du ciel un ange se posant sur la terre et sur la mer, qui déploie toute sa force dans une scène très concrète.
Il se retrouve à devoir interagir avec lui.
(X :1) Je vis un autre ange plein de force descendre du ciel, environné d'une nuée, un arc-en-ciel autour de la tête. Son visage était comme le soleil, et ses jambes comme des colonnes de feu.
(X :2) Il avait à la main un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer, son pied gauche sur la terre.
(X :8) La voix du ciel que j'avais entendue me parla de nouveau, et dit : « Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l'ange qui se tient sur la mer et sur la terre. »
(X :9) J'allai vers l'ange, et lui demandai le petit livre. Il me dit : « prends-le, et dévore-le. Il sera amer à tes entrailles, mais à ta bouche il sera doux comme le miel. »
(X :10) Je pris le petit livre de la main de l'ange, et je le dévorai ; dans ma bouche il était doux comme le miel, mais quand je l'eus mangé, il fut amer à mes entrailles.
Aucun marqueur ἐν πνεύματι n'a précédé cette scène. Pourtant, Jean est manifestement redescendu sur la terre — il prend le livre, le mange. Le texte ne dit pas comment.
Retour momentané au Temple et basculement vers la Terre
Ensuite, le récit semble revenir brièvement dans l'enceinte céleste lors de l'évocation de la septième trompette — un passage qui marque l'accomplissement ultime du Jugement de Dieu.
(XI :15) Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel de fortes voix qui disaient : « Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ ; et il régnera aux siècles des siècles. »
Cependant, très vite, la narration dérape à nouveau. Jean nous livre alors la vision de la Femme, du Dragon, des deux Bêtes, de l'Agneau et des trois anges. Nous suspectons que la position de Jean a de nouveau changé, qu'il se trouve au niveau du sol terrestre. Il observe les événements venant du ciel, de la mer et de la terre, ainsi que ceux sortant du Temple Céleste, dans lequel il est censé être.
Voici le verset qui clôture cette dynamique d'apparitions :
(XIV :13) Et j'entendis une voix venant du ciel, qui disait : « Écris : Heureux dès maintenant les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. »
Comment penser qu'il puisse se trouver encore dans le Temple Céleste ? Pourtant aucun déplacement de sa part n'est évoqué.
La suite renforce l'idée qu'il est maintenant bien présent sur Terre :
(XV :5) Après cela, je vis le Temple de la tente du témoignage s'ouvrir dans le ciel,
(XV :6) et les sept anges portant les sept fléaux sortirent du Temple, vêtus de lin pur, de lin éclatant, et la poitrine ceinte d'une ceinture d'or.
De cette position, il voit s'ouvrir le Temple Céleste et toutes les choses qui en sortent. Jean nous fait part ensuite d'une nouvelle série d'événements cadencés au sujet de sept fléaux, les anges aux sept Coupes.
Le transfert vers de nouveaux lieux
La suite du récit confirme ce déplacement. Après cette séquence de visions, nous avons enfin une description concernant un transfert corporel de Jean vers et sur la terre :
(XVII :1) Un des sept anges qui tenaient les sept coupes vint ensuite et m'adressa la parole : « viens, dit-il, que je te montre la condamnation de la grande prostituée qui est assise au bord des grandes eaux. »
(XVII :3) Et il me transporta en esprit dans un désert. Je vis alors une femme assise sur une Bête écarlate, pleine de noms blasphématoires et qui avait sept têtes et dix cornes.
Troisième marqueur ἐν πνεύματι. L'un des sept anges invite Jean à découvrir la condamnation de la grande prostituée et le transporte en esprit vers un désert. Ce changement de décor, qui éloigne Jean du Temple céleste pour l'installer dans un environnement aride, contraste nettement avec ses précédentes localisations.
Un retour éphémère dans le Céleste
Puis, le récit suspend brièvement cette dynamique terrestre pour revenir à la dimension céleste. Les vingt-quatre vieillards et les quatre êtres vivants s'agenouillent devant le Dieu assis sur le trône, confirmant la présence de Jean dans le Temple céleste.
(XIX :4) Et les vingt-quatre vieillards et les quatre êtres vivants tombèrent à genoux et adorèrent le Dieu assis sur le trône, en disant : « Amen ! Alléluia ! »
(XIX :5) Et du trône vint une voix qui disait : « Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez, les petits et les grands ! »
Pourtant, aucun marqueur ἐν πνεύματι n'indique ce retour au ciel. Jean y est, sans qu'on sache quand il y est revenu.
Une nouvelle immersion dans l'ordre terrestre
Ensuite, surprise, de nouveau un retour sur la terre ferme, où Jean observe des scènes qui se déroulent au-dessus de lui dans le ciel.
(XIX :11) Je vis alors le ciel ouvert et parut un cheval blanc ; celui qui le monte s'appelle Fidèle et Véridique, et c'est avec justice qu'il juge et qu'il combat.
(XIX :17) Puis je vis un ange qui se tenait debout dans le soleil ; et il cria d'une voix forte à tous les oiseaux qui volaient au zénith : « Venez, rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu. »
(XX :1) Je vis alors descendre du ciel un ange qui tenait à la main la clef de l'abîme et une grande chaîne.
Ces passages indiquent clairement que l'observateur se trouve désormais sur le plancher de la Terre, observant le transfert de l'ancien monde vers le nouveau.
(XX :11) Puis je vis un grand trône blanc et celui qui y siégeait. La terre et le ciel s'enfuirent devant sa face, il n'y eut plus de place pour eux.
(XXI :1) Je vis alors un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s'en étaient allés, et il n'y avait plus de mer.
(XXI :2) Et je vis la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d'auprès de Dieu, prête comme une fiancée parée pour son époux.
Le dernier déplacement : vers la montagne
Enfin, le récit marque un ultime changement de position. Un ange conduit Jean sur une grande et haute montagne pour lui révéler la Nouvelle Jérusalem.
(XXI :9) Puis vint l'un des sept anges qui tenaient les sept coupes remplies des sept derniers fléaux. Il m'adressa la parole, en disant : « Viens, que je te montre la fiancée, l'épouse de l'Agneau. »
(XXI :10) Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne. Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu.
Quatrième et dernier marqueur ἐν πνεύματι. Le voyage de Jean trouve ici son terme. Ce dernier déplacement physique conclut les visions sur la Terre.
Synthèse : quatre marqueurs grecs, huit déplacements observés.
L'alternance incessante de ces localisations — passant du Temple céleste à des scènes terrestres, puis d'un désert à une montagne — est extrêmement déconcertante. Cette succession de déplacements, qui ne repose sur aucun fil conducteur clair, apparaît comme l'un des éléments révélateurs d'un réarrangement possible de l'ordre des versets.
Le constat philologique le souligne : le grec donne quatre marqueurs explicites de transport spirituel (ἐν πνεύματι), mais le texte présent contient au moins huit changements de localisation discernables. La moitié des déplacements de Jean n'est tout simplement pas justifiée par le texte original.
Ce désordre narratif contribue à rendre le texte insolite et peu attractif pour de nombreux lecteurs.
C'est maintenant que peut commencer le travail de sélection des versets en fonction de l'endroit où se déroulent véritablement les visions de Jean, afin de rétablir une continuité logique et restituer, peut-être, l'esprit originel de ce message prophétique.
À venir.
Dans les publications suivantes, nous appliquerons cette méthode systématiquement, regroupant les versets selon le cadre où Jean se trouve réellement — vision céleste, vision terrestre. Cette séparation simple, fidèle aux marqueurs grecs eux-mêmes, suffit à révéler une structure que l'ordre traditionnel masque.


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